Le pilier zodiacal de la Grotte d’Isturitz-Oxocelhaya – Une vision du ciel vieille de 28 500 ans…

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Si le Disque de Nebra représente une image figée du ciel symbolisant la Nouvelle Lune équinoxiale annonciatrice du printemps, le « zodiaque » rupestre de la grotte d’Isturitz/Oxocelhaya au Pays Basque témoigne de l’intérêt précoce des premiers Homo sapiens à effectuer des repérages litho-célestes à des fins temporelles (Quand chasser ? Quand cultiver ? Quand sacrifier ?). Ainsi le pilier orné de la grotte d’Isturitz se trouve-t-il daté de la période du Gravettien récent (nom provenant d’une grotte périgourdine nommée La Gravette). Or, il s’avère que cette « stèle » zodiacale daterait au final de la période intermédiaire située entre la fin de l’Aurignacien et le début du Gravettien (à savoir entre -29 000 ans et -28 500 ans) faisant ainsi d’elle la plus vieille carte du ciel connue de l’Histoire de l’Humanité.

Cette nouvelle datation a été justifiée par les représentations animales et symboliques gravées sur ce bloc imposant. Elles furent en effet disposées de manière à répondre à des besoins calendaires contextuels. Afin de confirmer ce postulat, le logiciel astronomique Stellarium a permis de reconstituer la vision des constellations animales de l’époque afin de démontrer que les animaux gravés sur le pilier central datant du Gravettien n’avaient pas été disposés sur celui-ci au hasard. La présence d’un « trou de lumière » orienté au Nord de la grotte face au pilier zodiacal semblait jouer le rôle de marqueur photopériodique afin de déterminer le début de l’augmentation de la durée du jour. Ce bloc de grès ne pouvait donc représenter qu’une vision du ciel nocturne à la nuit tombée du solstice d’hiver afin de confirmer le moment de l’allongement de la durée du jour vitale à une époque où les conditions de vie étaient précaires.

Vision nocturne en direction du Sud depuis la Grotte d’Isturitz au Solstice d’Hiver après le coucher du Soleil (28 500 BP)  – Ciel reconstitué avec Stellarium :

L’objectif des hommes durant cette période interglaciaire était de déterminer les moments propices à la chasse de certaines espèces en fonction de la période lumineuse. Il s’agissait en quelque sorte d’un proto-calendrier sacrificiel photopériodique illustrant la position des constellations au moment de la nuit la plus longue, en l’occurrence celle du solstice d’hiver dans la mesure où les Deux Rennes épousaient, à gauche du pilier, le dessin des étoiles du Taureau (pour la tête) et des Gémeaux pour le dos, tandis que les pattes avant de l’un des rennes épousaient celui des étoiles d’Orion.

En haut à droite du pilier de grès se trouve représenté un Bouquetin. Alors qu’une datation plus récente (entre -23000 ou -25000 ans) inclinait à associer son dessin aux étoiles du Sagittaire couplées à celles du Capricorne, il s’est avéré qu’il épousait bien mieux les contours de la constellation de Pégase située en direction du Sud-Ouest à une latitude plus septentrionale, ce qui justifiait ainsi sa position culminante sur le pilier. Par ailleurs, nous pouvons également observer un Ours situé sous le Bouquetin. Aux allures de Glouton, l’Ours situé en bas à droite du pilier épouse parfaitement les contours de la constellation du Verseau couchante à l’horizon Ouest (dans la mesure où aucun ossement de glouton n’a été retrouvé dans cette grotte, il ne peut s’agir de cet animal).

En prolongement des pattes arrière du Bouquetin se trouve une Tête de Cheval. Aux allures pisciformes, ce protomé équin se trouve caractérisé par des hachures grossières dessinant sa crinière. Notons que cette crinière fut longtemps prise pour un peigne… Située au niveau de la partie arrière supérieure de la constellation antique de la Baleine et sous la partie orientale de la corde des Poissons, elle a pour originalité de « plonger » en direction d’une Vulve. Notons que cette association « Tête de Cheval-Vulve » se trouve aussi observée sur une gravure issue de la grotte de l’Abri Cellier dans le Périgord. Datant d’une période de transition caractérisée par l’Aurignacien évolué à récent et le Gravettien ancien (30 000 BP/29 000 BP), cette représentation idéelle permet de conforter la reconstitution céleste de l’époque.

Placée entre la Tête du Cheval (constellation de la Baleine combinée à la partie orientale de la corde des Poissons) et les deux têtes de Rennes (constellation du Taureau), cette Vulve de jument semblait de toute évidence jouer le rôle de marqueur saisonnier caractérisant l’avènement du printemps climatique. Ainsi l’association vulvo-équine de l’Abri Cellier (Tursac), situé à près de 250 km seulement de la grotte d’Isturitz, a-t-elle pour particularité de représenter une vulve attachée à une tête de cheval exécutant le flehmen, soit le retroussement de la lèvre supérieure destiné à humer la vulve de la femelle en chaleur à l’approche du printemps, dessinant lui-même une vulve en lieu et place de sa bouche.

La fusion vulvo-équine aurignaco-gravettienne, symbolique préhistorique des chaleurs printanières :

En outre, la représentation d’une vulve au bout du nez du cheval sur le bloc de grès de la grotte d’Isturitz qui paraît à ce titre tronqué, voire fusionné avec l’appareil génital féminin, détermine de manière allégorique le point vernal de la carte du ciel qui, il y a environ 28 500 ans, se situait au niveau des longitudes de la Baleine/Tête de Cheval (~12° Bélier) dans la mesure où le flehmen s’accomplit autour de la période de l’équinoxe de printemps… Ceci démontre au passage l’existence d’une connexion culturelle et cultuelle avec les grottes du bergeracois puisque des nucléus de silex issus de cette région ont été retrouvés dans la couche gravettienne de la Grotte d’Isturitz. Il est d’ailleurs acté que le style de représentations animales s’apparente plus aux grottes périgourdines qu’aux pyrénéennes. Ceci confirme la continuité cohérente du paradigme artistique et cultuel existant entre les sites périgourdin et basque sur le plan temporel.

Le bloc « zodiacal » d’Isturitz ne peut donc par conséquent être daté à une période plus récente que celle du gravettien ancien. La position centrale pouvait en faire par ailleurs un lieu de ritualisation animale de dimension chamanique tel un habitat-sanctuaire rythmé par les cycles astro-saisonniers. Ainsi les figures animales représentées sont-elles contextuelles dans la mesure où elles correspondent à la faune animale vivant dans les Pyrénées durant la période inter Aurignaco-Gravettienne encore marquée par la présence d’animaux de climat froid (rennes, bouquetins, ours, etc.). La découverte d’instruments musicaux (en l’occurrence des flûtes) datant de l’époque de cette « stèle chamanique » peut aussi être considérée comme un outil destiné à l’annonce de festivités calendaires et autres rites sacrificiels associés.

Cette « stèle » calendaire constitue d’autant plus une véritable marque de modernité, une étape majeure dans l’évolution puisque des groupes humains vont, pour la première fois, planifier les activités annuelles en fonction de repères célestes gravés dans la pierre. Telle une photographie prise au moment du solstice d’hiver, cette carte du ciel préhistorique permettait aux hommes de planifier l’arrivée des troupeaux  de rennes (constellation des Rennes située au levant) pour la chasse et celle de l’hibernation de l’ours à cette même période (constellation de l’Ours/Verseau située au couchant). Précisons que la saison d’abattage des rennes correspond, d’après la datation des ossements, à l’hiver (équivalent de décembre/janvier) confirmant que la grotte d’Isturitz était bien utilisée à l’époque du solstice d’hiver. Ces premiers hommes modernes, en bons observateurs de la nature, affublèrent par ailleurs à l’astérisme dessinant la partie dorsale de la Baleine antique la tête d’un cheval afin d’anticiper l’avènement du printemps pour planifier les actions qui s’y associaient. La disparition des étoiles du nez de l’animal au coucher ou la présence du fin croissant de la Nouvelle Lune leur succédant signifiait l’arrivée prochaine de la belle saison.

Synthèse astronomique du pilier zodiacal de la grotte d’Isturitz (28 500 BP) :

Quant à la connexion vulvo-équine, elle fut à son tour exprimée dans le zodiaque védique un cycle précessif plus tard (de l’ordre de 25 920 ans) ! Ainsi, à une époque où l’équinoxe de printemps se faisait au milieu de la constellation du Bélier, les astrologues indiens, près de 26 000 ans après le « zodiaque » d’Isturitz, affublèrent-ils le secteur longitudinal associé à la « Tête de Cheval » d’un astérisme nommé « Ashwini » symbolisé aussi par une tête de cheval. Au sujet du secteur occupé par la Vulve préhistorique, il fut quant à lui occupé par un astérisme nommé « Bharani » qui se trouve lui aussi symbolisé par une vulve ! Véritables marqueurs mélothésiques ou simple balise équinoxiale ? Telle une résurgence cyclique, les sociétés humaines préhistoriques et historiques ont adopté ataviquement les mêmes réflexes symboliques pour baliser le ciel et se repérer du mieux possible dans le temps lorsque les colures hélio-stellaires étaient similaires…

Le calendrier zodiacal d’Isturitz permettait en outre de déterminer le début du rallongement de la durée des jours, et donc de planifier l’avènement de jours plus « agréables » en ces temps d’incertitude climatique dominés par le froid. Cette « photographie » du bestiaire céleste visible au coucher du Soleil au moment du solstice d’hiver, combinée à l’augmentation de la luminosité journalière renseignée par le « trou de lumière » orienté au Nord de la grotte, offrirent un calendrier solsticial mnémotechnique permettant d’intercepter l’instant céleste signalant le rallongement de la durée du jour et l’avènement progressive du printemps « climatique ». Ce pilier zoo-céleste permettait aussi de répondre à des impératifs cynégétiques vraisemblablement associés à des considérations animistes ou chamaniques comme le suggère la présence d’ossements découverts au pied de cette fameuse « stèle » zodiacale et qui correspondent aux divers animaux représentés.

Patrice Bouriche ©

 

Sources :

  • Delluc Brigitte & Gilles – Les manifestations graphiques aurignaciennes sur support rocheux des environs des Eyzies (lien)
  • Garate Diego – État de la recherche sur les peintures à tracé ponctué dans les grottes ornées paléolithiques de la région cantabrique (lien)
  • Hitchcock Don – The Vulva in Stone Age Art (lien)
  • Lacarrière Jessica – Les ressources cynégétiques au Gravettien en France : acquisition et modalités d’exploitation des animaux durant la phase d’instabilité climatique précédant le dernier maximum glaciaire (lien)
  • Simonet Aurelien – Les gravettiens des Pyrénées. Des armes aux sociétes (lien)

1 Comment

  1. Bonjour M.Bouriche,
    Belle étude sur ce ciel étoilé qui permet d’avancer sur les connaissances des anciens tout en permettant grâce à vous de rectifier des erreurs d’interprétation par ignorance.

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